Plume mécanique

Où en étions-nous, déjà? Ah, oui ! Voici ce qui arriva ensuite…

Ultraviolet Grasslands — La Lune Proche

2022-06-06 7 Min. lecture Notes De Joueur

Avancée

Une carte monochrome, centrée sur la Lune Proche. Il s’agit de la quatrième étape, juste après la piste des rêves Vomes (en passant par le cercle de cristal).

Journal de Blue

Notice de remontage

Mes jambes ne me soutiennent plus. Je crois que le reste du groupe est également épuisé. La chaleur, l’humidité, la descente dans la fourmilière Vome… De quoi en user plus d’un. Je n’ose plus taquiner dame Rüe, dont le pelage fait peine à voir. Ni Ed, dont la démarche me fait de plus en plus penser à une marionnette.

Nous déjeunons en silence. Alors que mes yeux se ferment presque tout seuls, j’entends des bribes de conversations. On parle de démonter la caravane –qui est restée à la surface– pour la remonter au-delà du cercle de cristal.

L’idée me fait l’effet d’une décharge électrique et je saute aussitôt sur le dos du premier vome transporteur. Nous avons reçu une mission prioritaire, en avant !

Le démontage prend un certain temps, mais nous nous sommes appliqués. Après tout, ce n’est rien, en comparaison du reste de la Ruche. Il est même resté quelques vis, après le remontage. J’ai cru comprendre que c’était un phénomène plutôt connu, quasiment une constante universelle.

Attends voir… Nous ?

Cynanthropie

Nous avons passé le cercle, faisant nos adieux à la Ruche. Alors que nous nous éloignons, j’ai senti comme un vide, un silence dans mon esprit. Quelque chose m’a échappé, mais j’ignore encore quoi. Et il est trop tard pour faire demi-tour.

En cours de route, Vorgo s’est plaint de douleurs. Il nous dit que c’est sa vieille blessure qui se réveille: les trois marques parallèles qui ont failli lui coûter la vie à la Cité violette.

Dame Rüe et Ed lui ont posé quelques questions, auxquelles il a répondu entre deux quintes de toux. Enfin, cela ressemblait plutôt à un aboiement. Je crois qu’il ne va vraiment pas bien.

La Lune Proche

Au loin, la lune occupe un quart de ciel. La plaine désertique à ses pieds forme de petites vagues, comme une nappe que l’on aurait froissée. Et dans ces plis, des habitations troglodytes se dessinent tandis que nous approchons.

J’ai vu des tours de matériaux recyclés, hérissées de ce qui ressemble à des… échelles et des escaliers ?

Plus bas, une grosse sphère noire et brillante sur laquelle coure un lichen jaune et rouge. Ce lieu semble étrangement plus fréquenté.

Enfin, dans le creux des fissures, des cris se font entendre, comme pour se donner du courage. J’aperçus une forme munie d’une lance qui saute, percute un oiseau géant et déploie une voile et redescend sur un affleurement.

Adieu, Vorgo

Mais un grognement interrompit ma contemplation. Vorgo s’était mis à quatre pattes. Ses yeux se sont fait plus globuleux, son corps a perdu en masse, son visage s’est déformé. Basile hoqueta de surprise lorsque Vorgo acheva sa métamorphose et devint… un chien. Un carlin, d’ailleurs.

C’est alors que Ed prit le relais. Elle qui savait parler aux animaux, elle nous traduisit les propos de Vorgo. Il ne s’est pas rendu compte de ce qu’il lui est arrivé. Dame Rüe s’est réfugié en hauteur, feulant instinctivement.

– “Mettez-lui une laisse !” fit cette dernière.
– “On vous en met pas, alors on va pas lui en mettre” répliqua Ed.

De mon côté, j’ai surtout ressenti de la curiosité. J’ai demandé si ça lui est souvent arrivé. Ce à quoi il a répondu: une fois, à la mine de porcelaine sanguine. Il a d’ailleurs avoué que c’était lui qui a apporté les lièvres, pour le petit déjeuner.

Mais cette discussion n’a pas duré longtemps, puisque Vorgo s’est soudainement élancé du chariot. Comme mû par un instinct, il a couru à toute vitesse vers… l’inconnu.

– “Au pied !” cria Ed.
– “Je vous avais dit, de lui mettre une laisse”, énonça sentencieusement dame Rüe.

Un silence s’est fait, dans le chariot, les habits de Vorgo comme seule preuve de la scène qui s’est déroulée.

– “N’empêche, je sais maintenant d’où venait l’odeur de chien mouillé.” ajoutai-je.
– “Blue, avez-vous seulement idée de votre odeur ?” fit dame Rüe, agacée.

Ed eu un regard appuyé vers le café des chats.

Sous la Lune Proche

La caravane avançait tranquillement dans les canyons, mue par les infatigables zombies.

A détour du chemin un vendeur de tissus approcha. Rüe lui adressa la parole, posant des questions sur l’étrange astre face à nous.

Le vendeur se présenta comme un historien de la Lune Proche. Il nous confia que cette dernière était autant un point de repère géographique que spirituel.

Si nous étions intéressés par le côté géographique, nous serions sûrement intéressés par le Spectrum lodge (la sphère noire et brillante). Et si nous étions plutôt là pour des affaires spirituelles, nous pourrions approcher les chasseurs à la perche. Leurs proies étaient les gigantesques oiseaux de la lune.

Entre deux explications, il tenta de nous vendre des couvertures. Enfin, dame Rüe le questionna sur la Lune Proche. Il nous dit que les rumeurs courraient sur une porte vers des tunnels, dont le paiement se ferait en sang.

Il nous souhaita finalement bonne route avant de repartir.

Spectrum lodge

Le Spectrum lodge semblait assez chic. Un videur à l’entrée, muni d’yeux kaléidoscopiques demanda nos invitations. Dame Rüe pris les devants et –par un tour étrange– captiva l’attention du gardien, qui nous laissa entrer.

L’intérieur était… magnifique. Sur les murs sombres, on pouvait discerner une représentation du cosmos. Les clients formaient de petits groupes, tandis qu’une barmaid entièrement bleue et d’une cinquantaine de centimètres servait de petits verres.

Comme à notre habitude, le groupe s’est dispersé. J’ai approché une femme dotée d’une silhouette musculeuse. Captivée par la lumière, elle a répondu évasivement à mes questions sur la Lune Proche. Je crois que c’est une mercenaire et qu’elle accepte les voyages moyennant paiement.

C’est alors que la mercenaire s’est soudainement approchée d’Ed, qui semblait en discussion avec la barmaid. Il a dû se passer quelque chose, puisque cette dernière était affaissée sur le bar. Mon interlocutrice a alors prononcé, d’une voix qui n’était pas tout à fait la sienne:
– “Alors, vous n’avez jamais vu d’ultra ?”

Elle eut un sourire satisfait, avant de revenir à sa table. Elle avait l’air confuse, comme si elle avait eu une absence – et comme si c’était fréquent.

La barmaid reprit connaissance et contenance, avant de se présenter: “La vie est un jeu”.

Nouveau départ

Notre groupe se reforma autour de la barmaid et –par courtoisie– nous avons commandé les boissons locales. Je jetais un regard suspicieux à mon jus de cactus, tandis qu’elle nous conta ses aventures.

“La vie est un jeu” cherchait sa partenaire, “Souvenir qu’il vaut mieux oublier”.

Cela faisait environ 896 ans qu’elles ne s’étaient pas vues. D’habitude, ça ne dépassait pas le demi-siècle.

Aux dernières nouvelles, sa partenaire était justement partie pour la Lune Proche. “La vie est un jeu” nous avoua qu’elle attendait une expédition pour se lancer à sa recherche.

Elle écouta notre projet et, avec un grand sourire, pris la décision de nous suivre. Elle sauta du bar et hurla à son patron qu’elle démissionnait ! Nous sommes sortis bien vite, tandis que les clients profitaient de l’occasion pour boire à l’œil.

Nous nous sommes alors dirigés vers une structure dépassant d’un pic.

Acrobaties

Selon notre guide, nous pouvions faire le tour complet de la lune en deux jours. Ed proposa alors de l’explorer sans la caravane, dans un premier temps.

Rüe commença l’ascension et fila tel le vent. Ed s’en sortit aussi brillamment, grâce à ses ailes. Pour ma part, je montais prudemment. Très prudemment.

Ed se tourna soudainement vers une direction. Deux oiseaux de lune ont fait leur apparition.

Échanges aviaires

Ed et les deux oiseaux discutèrent un petit moment. Puis les oiseaux ont fait demi-tour, visiblement très pressés.

Ed nous expliqua que nous étions des proies, mais qu’elle a réussi à dissuader les oiseaux de lune. En fait, elle a même usé –sans le faire exprès– d’une langue appartenant à un de leurs prédateurs.

Elle eut un petit rire quand elle nous traduisit les dernières paroles des oiseaux de lunes:

– “Désolé, on pensait que vous étiez une proie. C’est nous les proies, en fait.”

Sur le dernier barreau, j’eus un mal de Vorgo à me laisser tomber. Basile me poussa plus qu’il ne m’encouragea. Dans un instant de frayeur pure, j’ai vu ma vie défiler devant mes yeux, alors que je me tenais pile entre la gravité terrestre et la gravité lunaire.

Mais j’ai fini par alunir, les jambes tremblantes. Nous étions arrivés.