Plume mécanique

Où en étions-nous, déjà? Ah, oui ! Voici ce qui arriva ensuite…

Ultraviolet Grasslands — Vestiges

2022-07-05 7 Min. lecture Notes De Joueur

Avancée

Une carte monochrome, centrée sur la Lune Proche. Il s’agit de la quatrième étape, juste après la piste des rêves Vomes (en passant par le cercle de cristal).

Journal de Blue

Sur la Lune Proche

Nous marchons depuis quelques heures, au travers de la végétation. Devant nous, un relief attire notre attention : il s’agit d’une structure, qui fait office de pont vers un bâtiment. Je crois que c’est un panneau publicitaire.

Le bâtiment ressemble à un musée. Ed la vieille a réfléchit un instant, avant de nous confier que ce serait un proto-langage. Quelque chose qui aurait pu donner le dialecte actuel des princes de porcelaine !

Nous décidons alors d’explorer le musée. Après tout, La vie est un jeu nous a parlé de souterrains secrets, où sa compagne aurait pu se réfugier. Et ce serait sûrement là-dessous que nous trouverons les raisons derrière nos visions.

La végétation a pris la forme d’un escalier. A moins que ce ne soit un ancien escalier envahi de végétation ? En tout cas, tout est en ruines. C’est un ancien guichet qui nous accueille, une trentaine de mètres plus bas.

Le musée rouge

A l’intérieur, c’est un océan de laque rouge qui nous a accueilli. Sur les murs, le sol, les objets et même les cadavres. Pourquoi ? Nous n’avons pas eu le temps de nous poser la question: Dame Rüe a eu une vision.

Des tambours résonnent sous un ciel nocturne. Les étoiles sont différentes des nôtres.
Ici, on vénère la Vraie Mère.

Elle nous pointe de la patte un petit trou dans le sol d’une vingtaine de centimètres. Dedans, je remarque uneoffrande de nourriture et de fleurs.

En m’avançant, je frôle un corps recouvert de laque rouge. J’évite de trop le fixer: il nous ressemble mais pas tout à fait. Certaines différences me font hérisser le poil.

Nous avons ensuite pris des chemins différents. Ed et La vie est un jeu se sont intéressées à une affiche sur le mur, qui montre une chaine de production. Alors que je m’éloigne, je les entends supposer que c’était pour entretenir la motivation. Comme si les habitants de la Lune Proche avaient perdu quelque chose, qu’ils ont tenté de reconstruire. Je pense qu’il ont échoué.

Le cratère

Après de longues heures, nous parvenons enfin à sortir de l’autre côté de la structure. La vie est un jeu grignotte nos provisions tandis que le ciel se couche sur les prairies. Nous suivons son exemple, perdus dans la contemplation du paysage. La nuit a été courte et sans rêves.

Au petit matin, si ça signifie encore quelque chose ici, nous sortons enfin du canyon. En contrebas, nous voyons la brume violette se dissiper sur les prairies ultraviolettes.

Mais le spectacle le plus incroyable se dressait devant nous. Un immense cratère, au milieu duquel se dresse une pyramide grisâtre et métalique, d’une dizaine de mètres de haut. Et à la base de cette pyramide, une porte fermée nous nargue.

Comme une seule personne, nous avons dévalé la pente et ses roches saillantes. Je propose à La vie est un jeu de grimper sur mon épaule, ce qu’elle accepte aussitôt. L’impatience est palpable.

La pyramide

Bien que parfaitement métallique, la surface de la pyramide est rugueuse et parsemée de pores. Par quel procédé ces plaques ont-elles été conçues ? On dirait qu’elle ont… poussé. Comme de la véritable peau.

Nous faisons le tour de la pyramide, sans rien trouver de plus intéressant que la porte et les objets à sa base. Des restes d’objets et de plantes, déposés comme des offrandes. Colliers de fleur, caracasses d’animaux… D’ailleurs, les ossements ressemblent étrangement à de la volaille.

L’évidence nous frappe alors: c’est probablement pour ça que les chasseurs à la perche abattent les oiseaux à émotions. Et ce sont sûrement eux qui ont amené les offrandes.

La porte

La porte ne comporte ni poignée, ni serrure. Juste une inscription gravée.

Nous avons passé un moment assez gênant devant, essayant tous les moyens pour accéder à l’intérieur de la structure. Pousser, tirer, toquer, rien n’a eu d’effet.

Selon La vie est un jeu, sa compagne –Souvenir qu’il vaut mieux oublier– est moins brillante que nous.

Une inscription sur la porte, en hauteur. D’abord une  inscription en morse: long court court. Puis un cercle. Enfin, d’autres inscriptions: long long court. Court long. Long long court. Court long court.).

À court d’options, j’ai fini par passer la main sur le cercle sans conviction. La porte s’est soudainement mise à bouger ! Je n’ai pas compris pourquoi, mais le reste de l’équipée apprécia le coup de chance et s’engouffra dans la structure.

Muscles

Il fait nuit noire à l’intérieur, sûrement la raison pour laquelle aucune végétation n’a envahit les lieux. Pourtant, le couloir qui nous fait face donne une impression organique. Sur les parois, nous reconnaissons comme des fibres musculaires. De gros tubes ça et là ressemblent à des veines.

Pourtant, tout est poussiéreux, froid, mort depuis longtemps.

Après une montée plutôt facile, nous arrivons à l’étage. Au centre de la pièce, un autel nous barre la route. Et derrière ce dernier, un autre couloir continue de monter.

Dame Rüe se dirige vers l’autel, pour constater des ossements, une lame et du sang séché. Beaucoup de sang. J’ignore qui a émit l’hypothèse selon laquelle la pyramide aurait besoin de sang, mais ça suffit à me glacer d’effroi.

Système nerveux

Alors que j’hésite à monter, Dame Rüe me motive à avancer par de petits coups de patte sur les cheveilles. Le couloir est de plus en plus exigu. C’est plutôt logique, vu que les niveaux se rapprochent du sommet de la pyramide.

Nous arrivons enfin dans une salle d’une dizaine de mètres carrés. Les murs sont faits d’une matière plus pâle, plus sillonné, plus ronde. À nos pieds, un tapis de cristaux crisse sous nos pas, comme s’ils ont été cassés de l’intérieur.

Sans réflechir, j’ai touché un éclat, ce qui a suffit à me paralyser. Rien ne s’est passé. Ed a fait de même, ce qui a provoqué une vision collective:

Un peuple de survivants, envoyé par la Vraie Mère.
Tous rendent hommage à un gardien pyramidal.
Ce dernier a construit une coque dure pour les protéger et les guider à travers les étoiles

Alors que nous assimilons lentement la vérité, La vie est un jeu semblait assez désabusée. Elle donne un coup de pied dans un cristal, affirmant que c’est mort depuis longtemps, de toute façon.

L’écho a résonné dans le silence de la pyramide. Puis un bruit s’est fait entendre.

Lymphocyte

Dame Rüe tend l’oreille. De l’étage en dessous, elle nous décrit des pas feutrés, comme ceux d’un prédateur. Nous n’avons rien entendu mais nous lui faisons confiance.

La vie est un jeu –qui n’a jamais autant méritée son nom– ramasse un nouveau cristal et provoque une autre vision collective.

Nous faisons partie d’un peuple en voyage depuis de longues années. Des centaines d’années.
Nous avons perdu de vue notre rêve de renouveau.
Le gardien a cessé de vivre, la nourriture est épuisée et plus rien ne fonctionne.
C’est alors que commence un cauchemar de violence et de canibalisme

Confrontation

Enfin sortie de sa transe, Dame Rüe nous presse. Les bruits de pas sont tout près. Après quelques longues secondes à scruter les ténèbres, quatre billes de lumière brillent à la lumière de nos torches.

Une créature émerge. Ça a la forme d’un gros chat, la taille d’une vache tout en étant terriblement musculeux. Elle a deux paires de pattes avant et une peau qui ressemble beaucoup à celle de la pyramide.

Puis elle a bondi, avec une vivacité presque surnaturelle.

Mon corps a réagi instinctivement: je l’ai cueillie au vol à l’aide du rayon. À portée, Dame Rüe l’attaqua à l’aide de sa queue de murène. La créature fait un bond sur le côté et crache un liquide visqueux, que nous esquivons de justesse.

Ed tente d’entamer le dialogue, sans succès. Elle nous crie que ça ne sert à rien, que nous faisions face à un insecte ou à une levure. Autant dire que les négociations n’iraient pas très loin.

Je lui lance un filet, qui atteint miraculeusement sa cible. Prise au piège, la bête pousse un hurlement terrible alors que nous prenons la fuite.

Course éperdue

Nous descendons le couloir dans une course effrénée. L’un d’entre nous heurte l’autel. Etait-ce moi ? Dame Rüe ? Une autre ? Toujours est-il que quelques gouttes de sang ont maculé l’autel.

Soudain, un séisme nous destabilise. Derrière nous, un bruit de craquement nous fait comprendre que la créature s’est libérée de ses rêts.

Nous continuons de courir, pour arriver finalement face à la sortie. Devant nous, au centre du cratère, un gouffre s’enfonce dans la Lune. Nous nous sommes arrêtés net, pour ne pas tomber.

Alors que la bête fait son apparition derrière nous, nous nous sommes écartés au moment même où la bête nous a sauté dessus. Elle passe l’encadrement de la porte et, d’un mouvement impossible, se retourne dans les airs.

Heureusement, ça n’a pas été suffisant. Ses griffes patinent sur la roche et –très lentement– finit par tomber dans le gouffre.